Internalisation de la confection.

Je sais que c’est la merde en ce moment, pour nous les premiers ! Tous les salariés de DROMFit ont été placés en activité partielle jusqu’à nouvel ordre. En attendant, on fait comme tout le monde, on serre les fesses et on espère que ça va pas durer trop longtemps.
 
L’avenir est incertain pour tout le monde mais ça ne nous empêche pas de rêver du monde dans lequel nous pouvons vivre ensemble demain.
 
Chez DROMFit on porte plusieurs projets et on ne compte pas abandonner. Ce n’est pas le premier obstacle qui se dresse face à nous et ce ne sera pas le dernier.
 
Le premier projet que l’on a très récemment mis en place, c’est notre transformation en société coopérative. Notre nouveau fonctionnement est entièrement détaillé dans un autre article de blog. lire l'article ici.
 
Dans la continuité de ce projet, on a également comme ambition d’internaliser 100% de la confection dans notre atelier à Montpellier.
 
Pourquoi ?
Je vous explique ci-dessous. Ça risque d’être un peu long mais vu que vous avez le temps...
1- Mode de production capitaliste
 
La société coopérative nous fait sortir du rapport social capitaliste, mais c’est quoi le système capitaliste en fait ? Cela veut simplement dire qu’en tant que travailleur, vous êtes :
 
  1. Détaché des moyens de production. Si vous travaillez à Mcdo, il y a des gens qui possèdent les moyens de production (l’entreprise : la franchise, le fonds de commerce, le bâtiment, etc.) Et il y a des travailleurs.
  2. Détaché des produits de la production. Si vous travaillez à Mcdo, que le restaurant fasse X chiffre d’affaire aujourd’hui ou Y, cela ne change rien pour vous, vous êtes complètement détaché des fruits de la récolte, bah oui, le champs ne vous appartient pas, vous, vous ne faites que ramasser les fruits.
 
Le deal entre vous et les propriétaires de l’entreprise est simple : 
 
  • Tu me donnes une heure de ton labeur, je te donne X euros par heure.
  • Le capitaliste achète votre temps à un prix fixe.
  • Du coup, quand il est 16h50 et que vous finissez à 17h mais qu’il n’y a plus rien à faire, eh bien il vous a prévu une dernière tâche, parfois ingrate.
 
Simplement car son calcul est très simple et peut être légitime dans ce système : je veux rentabiliser au maximum ce que me coûte un salarié. Et cela amène aux dérives que l’on connait. Quand on achète le temps des gens, à quel point peut on les presser ? etc. Je vous conseille le reportage d’Arte sur Starbucks, du capitalisme de haut niveau. voir la vidéo.
 
Ce mode de production est la norme dans nos sociétés actuelles, dans le monde entier.
Sachez qu’il existe un autre moyen : en France, 70K personnes travaillent dans une société coopérative (c’est une goutte d’eau dans l’océan).
 
Le concept :
 
  1. 2 personnes ou plus mettent des moyens en commun (argent, matériel), suffisamment de quoi ouvrir un Mcdo par exemple.
  2. On nomme une ou plusieurs personnes qui auront la responsabilité de gérer notre coopérative pour 4 à 5 ans.
  3. On travaille et on se verse des salaires, le quotidien est le même.
  4. A la fin de l’année, on fait le bilan financier, si on a collectivement créé du bénéfice, libre à nous de le répartir de la manière suivante :
  • Une partie affectée aux réserves pour la solidité et la pérennité de l’entreprise ainsi que sa capacité d’investissement pour le futur (au moins 16%)
  • Une partie affectée à tous les travailleurs, à vous de choisir la méthode de répartition (Au moins 25%)
  • Une partie affectée au capital (proportionnellement à ce que chacun a apporté initialement en argent ou matériel)
 
Ils nous font croire que c’est impossible, à votre avis, pourquoi ? Moi j’ai ma petite idée.
2- Quand j’ai co-fondé DROMFit, mon rêve c’était de créer des produits.
 
Au début, nous voulions "seulement" nous occuper de la conception des produits (créer un cahier des charges) et le remettre à une usine compétente.
 
Mais en y réfléchissant, c’est bien sympa de fonctionner en coopérative entre nous mais si la valeur ajoutée principale de nos produits, à savoir la confection, est réalisée dans un système capitaliste à l’autre bout du monde, notre coopérative n’aurait aucun sens.
Un jour, au détour d’une conversation avec un fabricant avec qui on travaille je lui demande :
 
  • Moi : Combien vous avez de salariés actuellement ?
  • Lui : On en avait 25, là on en a plus que 20 mais la productivité est meilleure.
  • Moi : Ah bon, pourquoi ?
  • Lui : Ben, on a installé des caméras de surveillance partout et au moins ils ne peuvent plus gratter du temps à droite et à gauche.
  • Hum, je vois...
Jetons un coup d’oeil chez Nike, le leader du textile sportif.
Nike gère la conception mais sous traite la confection des produits un peu partout dans le monde. Pour un produit vendu 80 euros par exemple, trouvez-vous normal qu’il y en ait 10 pour Federer et 0.1 pour la personne qui a réellement fabriqué ce produit ?
Je donne ces chiffres au hasard mais on sait tous très bien qu’ils reflètent grossièrement une réalité qui schlingue et qui est bien réelle.
 
Du coup, si on veut avoir une répartition de la valeur ajoutée plus juste, que faire à part intégrer la confection directement dans notre coeur de métier ?
Moi je trouve les produits Nike fantastiques, je trouve que des gens ont un savoir faire extraordinaire mais de penser que ces personnes ne perçoivent aucunement le fruit de leur travail ça me fout autant le sum qu’un Belge à la coupe du monde. 
 
Notre rêve c’est d’intégrer ce savoir faire dans notre coopérative et que ces couturiers et couturières soient propriétaires des moyens de production ainsi que des produits de la production.
Bon vous avez vu, on parle beaucoup, mais est-ce qu’on se bouge un peu ?
 
En novembre 2019, accompagné par la région Occitanie, on a investi plus de 40K euros dans un atelier complet de confection ainsi que dans le développement de notre actuel atelier d’impression.
 
On a également recruté Lucie, styliste/modéliste/couturière fraichement diplômée.
 
Ensuite on a lancé notre première collection entièrement fabriquée à Montpellier, nommée Earned Not Given.
 
Suivi du lancement de notre nouveau Short Eleganza entièrement fabriqué aussi par Lucie dans l’atelier DROMFit. 
 
La suite ?
 
1- Survivre à ce foutu COVID19
2- Continuer de développer notre atelier de confection
 
Notre objectif ? Intégrer 100% de la confection en interne.
Ceci se fera étape par étape, il va falloir être patient et combatif mais on est sur la bonne voie. Si on atteint cet objectif c’est près de 10 emplois que nous allons créer. 
 
Merci de m’avoir lu, force à vous!
Peace, love.
Kévin